Dossier : spécial PLU

Penser la ville de demain

À partir de janvier, la Ville de Neuilly lance l’élaboration de son futur Plan Local d’Urbanisme (PLU). Retour sur un processus mené en concertation avec les Neuilléens et qui devrait s’achever en 2011, après une enquête publique.

« Il y a nécessité d’avoir une vision à long terme et de penser aux générations futures », explique Bernard Aimé, directeur de l’Urbanisme et de l’Habitat. Véritable engagement pour les trente ans à venir, le PLU est le principal document de planification de l’urbanisme communal, en remplacement du POS (Plan d’Occupation des Sols), depuis la Loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains dite loi SRU (2000). Prenant en compte de façon plus complète les besoins et les enjeux spécifiques d’une ville, il doit intégrer les évolutions de la société comme la place grandissante des familles monoparentales ou sans enfant, l’impact des nouvelles technologies sur la ville et la question de l’environnement. « Il s’agit de répondre au niveau local aux engagements nationaux (Grenelle de l’environnement) et internationaux (Kyoto, Copenhague…). Ce raisonnement à différentes échelles est difficile, mais passionnant ».

LE TERRITOIRE A DEJA UNE IDENTITE ET UNE AME

Du POS   au PLU

Dans les communes de France de plus de 3 500 habitants, les anciens documents d’urbanisme (Plan d’Occupation des Sols, ou POS) sont progressivement remplacés par les Plans Locaux d’Urbanisme (PLU).

Le PLU met en cohérence les orientations en matière d’environnement, de développement économique, d’habitat, de transport et de prévention. Il inscrit les orientations d’aménagement dans une perspective de développement durable.

Équilibre entre l’espace vert et le bâti, cohérence générale de la ville, qualité architecturale et richesse patrimoniale avec des immeubles remarquables faisant l’objet d’un « inventaire » : autant d’éléments
constitutifs de l’« âme » de Neuilly.

« On ne part pas de rien, la ville a été façonnée à partir de 1860 et elle n’a guère changé de configuration, c’est une ville dense, mais aérée », souligne Michel Deloison, adjoint à l’Urbanisme et à la Voirie, dont les ascendants se sont installés à Neuilly à cette époque. À ses yeux, le projet est celui d’une « ville complète » où le résidentiel et l’activité économique et commerciale ne font qu’un. « À l’inverse, une ville dortoir est une ville qui meurt. »

 
 
Collège Théophile Gautier

Des principes au terrain, la route est parfois longue. « Le temps de l’urbanisme est un temps long, commente Bernard Aimé, par rapport au temps des habitants qui est souvent celui de l’immédiat. » D’où l’importance de communiquer avec la population, comme ce fut le cas récemment à l’occasion de la construction du parking, avenue Achille Peretti. « Dès lors que les habitants visualisent un projet, ils acceptent plus facilement les désagréments des travaux. »

UNE PERIODE STRATEGIQUE, AVEC LE GRAND PARIS

Depuis les POS, le contexte a changé avec l’intercommunalité, les interconnexions entre les villes, à l’échelle des territoires. Une ville ne peut plus se permettre d’agir seule. Le PLU de Neuilly est inspiré par un « esprit d’ouverture » aux autres collectivités, qu’il s’agisse des villes voisines de la première couronne ou de Paris, comme c’est le cas pour les rives de la Seine ou les questions relatives au Bois de Boulogne. La période est propice à la réflexion et aux projets. Une opportunité pour le PLU de Neuilly. Cette « actualité » n’est pas pour déplaire à Bernard Aimé. « Nous ne sommes pas repliés, mais avançons en liaison avec les territoires environnants car nous avons une ambition à faire partager aux autres acteurs, comme le Grand Paris et la Région Île-de-France. »

L’AXE MAJEUR AU COEUR DU PROJET DE VILLE

Sur les 374 hectares de superficie, un peu plus d’un tiers relève de l’espace public. « En termes d’aménagement – trottoirs, circulations douces –, c’est un enjeu qu’il faut intégrer car il correspond aux attentes des habitants », commente Bernard Aimé. Mais l’enjeu essentiel est celui de l’Axe Majeur. « Il est nécessaire de réunir cette ville coupée en deux par une sorte d’autoroute et ses 160 000 voitures par jour avec l’objectif d’apporter une qualité de vie inexistante eu égard à la nuisance sonore et à la pollution. » Et de souligner que l’Axe Majeur (RN 13) fait partie d’un ensemble plus important, du Louvre à La Défense et qu’il est indissociable des aménagements de la Porte Maillot (« un noeud routier ») et la mise en perspective de l’avenue de la Grande Armée. Dans cette optique, le Pont de Neuilly pourrait être un « trait d’union » entre Neuilly et La Défense, un accès sécurisant et agréable, notamment pour les touristes.

Le PLU   en pratique

L’équipe municipale ira, dès le printemps, à la rencontre des Neuilléens pour solliciter leur avis et entamer une « coproduction » du projet de ville. Cette mise en débat du PLU prendra la forme de rencontres publiques, de groupes de travail et de conférences générales sur des thèmes comme la famille, le logement, l’environnement, la vie économique.

Après la phase d’écoute, le Conseil municipal en débattra avant de mettre en route l’étude du PLU qui comprendra un projet d’aménagement et de développement durable (PADD), document plus politique exprimant le projet de la municipalité en matière de développement économique et social, d’environnement et d’urbanisme.

Une enquête publique sera ouverte pour recueillir propositions et remarques. Le PLU sera ensuite soumis au commissaire-enquêteur.

Une fois sa conclusion remise, la Ville arrêtera le Plan Local d’Urbanisme, a priori en 2011. L’histoire de la ville et son futur se conjugueront. Comme disait l’humoriste Pierre Dac, « l’avenir, c’est du passé en préparation ».

 
LA PAROLE AUX HABITANTS

Le PLU place le citoyen au centre de son dispositif. L’habitant est appréhendé dans toutes ses dimensions : travail, emploi, transports, besoins d’équipements en matière scolaire, de loisirs, de santé. Sans oublier les attentes des personnes âgées. « Le PLU c’est la clé dans la porte, mais elle n’est pas encore ouverte », explique Michel Deloison. Le projet de ville correspond-il aux attentes des Neuilléns ? C’est à partir de cette question centrale qu’une concertation va être engagée pour donner la parole aux habitants. L’objectif est d’en faire partager ses grands principes. « Nos concitoyens demandent à ceux qui dirigent la ville de produire une haute qualité de service, la ville est la propriété de tous. »

Si de grandes orientations sont prévues au sein de l’exécutif municipal (engagements pris par le Maire lors de la campagne électorale), elles doivent être partagées, discutées, enrichies, améliorées par celles et ceux qui vivent la ville au quotidien. Cette approche n’est pas sans rappeler la notion grecque et originelle de la politique, la Politis, la vie de la cité. Le PLU est l’occasion de favoriser les échanges entre les élus, les services municipaux et les usagers de la ville.

JC. Fromantin : « un nouveau cycle pour la ville »

Si le Plan Local d’Urbanisme est élaboré en concertation avec les habitants et entériné par le conseil municipal, il résulte d’une vision globale qui inscrit dans le long terme les projets de la Ville. Jean-Christophe Fromantin nous fait part de ses premières réflexions sur les grandes orientations qu’il entend donner à ce plan.

Quels sont vos constats ?
« La Ville est au début d’un nouveau cycle. Elle a besoin de reconsidérer tout un ensemble de sujets qui ont évolué, liés au paysage, à la démographie, à la saturation géographique, à la demande d’activité… L’intérêt du PLU est de mettre à plat toutes les données pour proposer un projet qui prenne en compte ces évolutions. Il faut ouvrir le débat. L’élaboration du PLU, c’est un travail d’urbanisme mais aussi de dialogue qui doit permettre à la Ville de trouver de nouveaux équilibres pour aborder l’avenir. »

Quelle est votre analyse des besoins ?
« Mon analyse s’inscrit dans le projet municipal autour de trois grands domaines : la qualité de vie, le développement des activités et la solidarité. La qualité de vie passe par une amélioration continue du cadre de vie, par une vigilance sur les questions de sécurité, par un travail sur les espaces publics. En termes d’activité, il faut travailler sans cesse à construire une ville en mouvement, porteuse de projets, en agissant contre toute forme d’isolement ou d’endormissement. Enfin, il est important de développer la solidarité. Une ville est d’abord une communauté de personnes. Les limites des dispositifs d’aide sociale nous montrent à quel point la Ville doit être porteuse d’un projet de solidarité qui passe par des choses simples. Créer des lieux de rencontres, aménager les espaces publics pour créer du lien, développer le civisme, telles sont les actions que nous voulons susciter pour avoir encore plus de solidarité à l’échelle de notre ville. »

Quels sont les éléments de contexte qui peuvent influer sur l’élaboration d’un PLU aujourd’hui ?
« Trois nouvelles forces sont à prendre en compte. En premier lieu, la globalisation de nos territoires qui nous oblige à travailler notre identité locale dans une dynamique globale. Le projet Axe Majeur en est l’illustration : partant d’une nécessité locale, l’enfouissement de l’avenue Charles de Gaulle, j’ai reconsidéré le projet en associant les territoires environnants dans la perspective d’un Axe de l’Étoile à La Défense dont l’attractivité dépasse largement le cadre de Neuilly et dont l’aménagement rejaillira très positivement sur notre ville. En second lieu, les nouvelles technologies. Il est important de réfléchir à la manière dont elles peuvent rapprocher les individus, créer du lien et non les isoler, comme c’est parfois le risque. Enfin, le vieillissement de la population qui va de pair avec le développement de nouvelles pathologies dégénératives doit être intégré dans le projet de la Ville car de nouveaux besoins voient le jour. »

Et le développement durable dans tout ça ?
« Le développement durable est sous-jacent à toutes les préoccupations. L’engagement à préserver nos ressources pour les générations futures doit correspondre à un comportement global. C’est un impératif à intégrer de manière transversale dans tous nos projets. »

Ma ville et moi

« Vivre à Neuilly » est allé à la rencontre de quelques Neuilléens. Quelles sont leurs attentes ? Comment imaginent-ils leur ville ?

« Neuilly doit garder son identité »

« Dans l’avenir, je souhaite que Neuilly garde son identité. J’entends parler de projets urbains, mais il ne faut pas trop chambouler et renier le passé. Les villes comme la nôtre ont une âme. Quant aux logements sociaux, sur le principe, je ne suis pas contre, mais il n’y a plus beaucoup d’espace.
Mon espoir, c’est que l’on enfouisse enfin la N 13 pour que Bagatelle et Saint-James soient rattachés à la ville. Une ville réunifiée, ce sont des gens plus reliés et réunis. »

Jacqueline Lalu, retraitée (bd Bineau)

« Faire de l’avenue charles de gaulle un vrai lieu de vie »

« Il est temps de réunir Neuilly. Il arrive que des clients me disent qu’ils ne connaissent pas mon quartier, en disant qu’ils sont de l’autre côté, comme s’il y avait deux villes. C’est aussi l’occasion de faire de l’avenue Charles de Gaulle un vrai lieu de vie avec des espaces commerciaux et de nouveaux logements. Dans l’avenir, il faudra diversifier les commerces de proximité avec des brasseries qui seront des lieux de convivialité, comme à Paris. »
Pascal Erragne, gérant du Petit Casino (Bagatelle)

« Plus de lieux d’ambiance »

« Ce que j’apprécie c’est le côté village de Neuilly tout en étant proche de Paris. J’imagine que la ville sera plus moderne, sans perdre son côté convivial. Mais compte tenu des embouteillages, l’enjeu sera de rapprocher l’habitat du travail. Ce que je souhaite, c’est plus de lieux d’ambiance, des bars boîtes, comme à Paris, mais sans tomber dans l’excès du bruit .»
Laurent de Béchade, étudiant (Saint-James)

« Un village à l’ancienne à proximité d’une capitale »

« J’apprécie le calme, la propreté et la verdure abondante. Il faut investir beaucoup plus dans la culture avec des centres ouverts à tous et un théâtre prestigieux comme Les Amandiers à Nanterre. J’ai un enfant adolescent qui est obligé d’aller à Paris. Pour faire du sport, on doit passer par des associations aux tarifs assez élevés. Pourquoi ne pas le rendre plus accessible fi nancièrement et développer le sport municipal avec des espaces comme les courts de tennis sur l’île de Puteaux ? »

« Un gage de sécurité pour mes enfants »

« Je préfère un petit logement à Neuilly qu’un grand ailleurs, car cette ville est un gage de sécurité pour mes enfants. Le centre nautique est une vitrine prestigieuse de la ville, mais il faut développer les activités sportives accessibles aux jeunes. La ville accueille de nouveaux riches, stressés et pressés, mais elle garde son côté village. »
Cécilia Ribas, gardienne d’immeuble (Pauline Borghèse)

« j’associe Neuilly à une vie de famille dans une ville très boisée »

« J’imagine plus tard une ville conservant son goût de vivre mais ne tournant pas le dos à la modernité. L’avenue Charles de Gaulle sera enterrée et il y fera bon marcher. J’apprécie la tranquillité proche de Paris, le réseau scolaire et les équipements sportifs. Il faut faire de Neuilly une ville communicante très “high tech”, améliorer les espaces de jeu pour les enfants et adolescents et accroître la place laissée aux vélos. »
Daniel Benquis, consultant (Chezy Perronnet)

« Une carte à jouer dans le grand Paris »

« Il y a un décalage entre l’image élitiste de notre ville et la vraie vie ici, avec des gens intéressants, divers, créant des liens entre eux. L’action municipale doit être soulignée. Dans le futur, Neuilly sera dans la trajectoire du Grand Paris, avec une vraie carte à jouer dans cet axe majeur. Il y a des partenariats à créer. »
Jacqueline Anton, chef d’entreprise Conseil en développement territorial (Victor Hugo)